Qui perd son amour le sauve

Comme chrétiens nous savons notre quête : la sainteté. Comme époux, vous en connaissez le parcours : la vie conjugale. Car la sainteté est
la perfection de la charité et «le mariage est une très merveilleuse invention de Dieu pour permettre à l’homme et à la femme de grandir dans l’amour vers l’amour, d’accéder à cette perfection de l’être humain qu’est l’amour.» (Henri Caffarel, Conférence en Belgique 1976).

Marie et Joseph restent un modèle indépassable, ils ont parcouru les étapes de la vie conjugale. Avec toutefois une différence de taille. Ils ont commencé là où les couples n’arrivent souvent qu’après un laborieux cheminement. Dès le premier instant, la Sainte Famille aime de l’amour même de Dieu et est ainsi en mesure de guider chaque couple par son exemple et son intercession.

Quel art spirituel garantit la pérennité de la croissance spirituelle du couple ?Cherchant à découvrir le secret des couples accomplis en amour, le père
Caffarel note : «Ces époux n’ont pas connu moins de difficultés, moins de tentations que les autres, mais ils n’ont jamais pris leur parti de la tiédeur, de la médiocrité, de l’échec; leur mérite, leur victoire, c’est d’avoir lutté, jour après jour. Des privilégiés? Non. Mais des lutteurs inlassables. Et Dieu est avec ceux qui luttent pour l’amour.» (Henri Caffarel, Anneau d’Or 1957) Grandir dans l’amour n’appelle pas une force surhumaine, mais plutôt l’obstination d’un choix : relancer sans cesse la conquête.

Peut-on en esquisser les étapes ? Au commencement, les fiancés éprouvent puissamment la mystérieuse révélation de l’amour. Puis les jeunes époux découvrent qu’ils peuvent souffrir l’un par l’autre. L’apprentissage de la
miséricorde leur ouvre alors le chemin d’une croissance restaurée. La croix du Christ est bien plantée dans la vie du foyer, dans sa double facette pascale de mort et de résurrection.

Aux grâces initiales de l’amour succèdent purification et guérison, transfiguration de l’amour conjugal en agapè chrétienne. Aucune croissance dans l’offrande à l’autre, sans le détachement qui dépouille le coeur et le rend vulnérable. La vie personnelle de conversion enrichit l’union. L’union unifie le couple dans une mise en commun toujours plus profonde.

Cette communion devient alors fécondité lorsque le couple s’engage fermement dans une oeuvre commune : construction du foyer, éducation des enfants, prière et apostolat. «Le grand labeur de l’amour est de réaliser progressivement l’union sur tous les plans : celui des corps, celui des intelligences, celui des coeurs, celui des activités» (Henri Caffarel,
L’Anneau d’Or, n° 27-28, 1949).

Les enfants (puis petits-enfants) s’imposent ici comme une redoutable exigence de croissance dans le don, où « chacun doit être préoccupé de faire franchir à l’autre un seuil nouveau» dans cette marche vers l’amour, et aider l’autre à être «père» et «mère» (Henri Caffarel, Conférence Bruxelles, 1976).

Puis revient chez les époux la morsure de la solitude: redoutable tentation qui susurre l’illusion d’échec de l’amour conjugal. Pour le père Caffarel, c’est au contraire le signe le plus éloquent de sa réussite : s’y dévoile que seul l’amour de Dieu peut rassasier l’âme.

À cette étape ultime advient le jour «où, au fin fond du coeur l’homme ou la femme comprennent que le Christ dit : «Je n’entends pas seulement être le plus aimé; j’entends être le seul aimé !» (Henri Caffarel, Conférence Bruxelles, 1976).

C’est le sommet où ce n’est plus nous qui aimons les autres, c’est vraiment le Christ qui nous donne l’amour de notre conjoint, enfants, prochain… et donc Dieu qui à travers nous, aime les autres.

La sainteté s’ouvre à celui qui entend : «qui perd son amour le sauve». Et ici, les chemins des célibataires, prêtres ou consacrés rejoignent celui des époux dans le même défi transformant de la grâce.

Père Dominique Raphaël, o.p.
Cs de l’équipes France-Luxembourg-Suisse
Equipe Bordeaux 83

 

Faites grandir les couples dans la foi