Le partage, une entraide spirituelle

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Pour comprendre ce qu'est le partage, il nous faut voir qu'il découle de la “fidélité” à ce que nous sommes. “Deviens ce que tu es”, dit une formule ancienne. Nous avons à prendre conscience de notre propre identité. Ce que nous sommes : des fils de Dieu, par le baptême ; un couple que Dieu a uni, par le mariage.
Pour devenir toujours davantage cette réalité que nous sommes, nous avons choisi un mouvement de foyers. Il a sa physionomie particulière et nous propose des moyens que nous avons acceptés librement. Cela doit nous unir aux autres foyers de l'équipe et au Mouvement.


Les attitudes auxquelles ces moyens nous conduisent, les découvertes, les rencontres, les échecs, nous avons à les “partager” avec les autres foyers et à “prendre part” au don de Dieu chez les autres dans un effort d'entraide spirituelle qui, en même temps, construit la communauté.


Nous avons besoin du partage pour créer et construire la communauté. Celle-ci n'existe pas par le seul fait qu'un groupe de personnes se réunit. La communauté est vivante, elle doit œuvrer en permanence à sa création. Elle se crée lorsqu'on s'entraide, lorsqu'on met en commun le don de Dieu que l'on a reçu.


Ce partage, au sens large, se fait durant toute la réunion. Mais le moment du “partage” proprement dit veut nous conduire encore plus loin : c'est le moment d'une prise en charge mutuelle de ce que chacun a de plus profond, de ce que chaque couple a de plus personnel, son projet spirituel en réponse à l'appel de Dieu sur lui.

Cette prise en charge peut se faire suivant les trois axes dégagés plus haut :

  • recherche assidue de la volonté de Dieu ;
  • recherche de la vérité ;
  • expérience de la rencontre et de la communion.

Le partage permet d’exprimer en équipe, sous le regard de Dieu, les points concrets d’effort vécus au quotidien.

a) Recherche assidue de la volonté de Dieu


La recherche personnelle et en couple de la volonté de Dieu, à partir des points concrets d'effort, se prolonge pendant le partage par une recherche communautaire. C'est toute l'équipe qui recherche, échange, discerne avec une exigence fraternelle. Cette recherche est fondée sur l'amour, un amour authentique qui veut le bien de l'autre comme le sien propre. Un amour de ce genre ne se vit pas dans les nuages. Il se rapporte à des personnes concrètes. Il tient compte des dons et des limites particulières de chacun. Il est infiniment respectueux de la vocation de chacun. Cet amour ne juge pas. Il est à la fois exigeant, patient et désintéressé.

L'exigence fraternelle nous pousse à supporter ce que nous ne pouvons changer, à ne rien dire d'irréparable, à accueillir les autres tels qu'ils sont. Mais elle nous pousse aussi à ne pas laisser se détériorer les situations, à répondre avec vérité, à aider les autres à voir clair. Ne pas se taire ou rester sans réagir, solution trop fréquente. “Nous nous connaissons bien et il y a longtemps. Nous croyons que les problèmes de chacun vont mourir avec lui. D'une certaine façon, nous sommes habitués à ces problèmes.” Dans ce cas, “habitués” veut dire “résignés” et cela signifie que nous avons perdu l'espérance.
Un chrétien ne doit jamais adopter cette attitude et une équipe non plus. Un amour courageux qui progresse malgré tout révèle une force, celle de Dieu.


Comment ne pas désirer passionnément que la personne la plus bloquée puisse cheminer de nouveau ? Ce désir est un acte de foi qui nous fait déjà progresser car il nous place à l'intérieur du désir de Dieu pour chaque personne. Dieu ne nous veut pas seulement tels que nous sommes, Il veut que nous progressions, Il veut que nous changions nos attitudes. Il aime déjà en nous ce que nous pourrions être si nous Lui disions “oui”, si nous disions “oui” à ce chemin de conversion auquel il nous invite.

Ce qu'Il nous demande, c'est de faire de notre vie une histoire d'amour. L'amour n'a pas de limites. Cette histoire d'amour peut être un succès même si notre vie humaine, conjugale, familiale, professionnelle ne l'est pas. Quand on est jeune, il est difficile d'admettre que l'amour va plus loin que l'efficacité et qu'il est plus important que le succès. Plus tard, on découvre qu'en lui seul est l'accomplissement plénier.

b) Recherche de la vérité

L'amour a partie liée avec la connaissance. Les deux grandissent ensemble et l'un par l'autre. La connaissance dont il est ici question n'est pas une connaissance purement intellectuelle ; c'est une connaissance intime où se rejoignent le cœur et la raison.
Dans le partage, nous parlons de nous entraider, mais comment nous entraider sans nous connaître ? Le partage nous invite, nous qui nous réunissons au nom du Christ, à dévoiler avec simplicité notre vérité, sans nous protéger derrière les mécanismes de défense toujours répétés, ni rester dans une communication superficielle qui cache plus ou moins notre vérité profonde.


Vivre le partage sans ce désir réel de se donner à connaître est un peu comme aller au banquet sans les vêtements de noce, comme nous le dit l'Évangile (Mt 22). L'amour vit seulement dans la vérité. Il ne supporte pas le mensonge. Il n'y a pas de vraie rencontre dans l'amour si on se présente avec des masques. On ne peut se rencontrer qu'en abattant ses défenses. Il nous faut savoir reconnaître nos faux pas, nos inconstances, nos lâchetés devant l'équipe.
Il ne s'agit pas d'une confession ni de livrer des choses très intimes. Mais il est bon de commenter nos échecs concernant les attitudes que nous voulons acquérir. C'est parfois douloureux et difficile. Il y faut du courage et de l'humilité. Mais la compréhension et la solidarité de tous dans cette recherche de vérité ne peuvent que produire une espérance renouvelée.
Nous supportons tous les faiblesses de chacun. Nous nous appuyons tous sur les points forts de chacun. Nous acceptons les étapes de notre conversion commune avec la patience de Jésus quand Il demandait aux apôtres : “Est-ce que vous n'avez pas encore compris ?”, et il continuait avec eux.


Pour se connaître en équipe, il importe de savoir s'écouter.
L'équipe demande une qualité d'écoute qui puisse transformer d'une façon invisible mais réelle le climat d'accueil du partage. Apprenons à établir une relation de confiance avec tous. Ne soyons pas des “sphinx mystérieux” pour les autres. Une présence “véritable” est contagieuse. Elle entraîne chacun à correspondre avec sa vérité.


Pour se faire connaître, il faut se connaître, évaluer ses possibilités, assumer son existence réelle et ne pas rêver ou poser des conditions qui justifient toujours nos omissions : “Si je ne rencontrais pas telle circonstance… si mon mari… si ma femme… si mes enfants…” Les autres peuvent nous aider à découvrir notre vérité, même si parfois ils le font avec moins de tact que nous ne le souhaiterions. Apprenons à ne pas exagérer émotionnellement les indications qui nous sont données, à ne pas les prendre à la lettre, mais à les conserver dans notre cœur pour arriver à découvrir leur part de vérité.


Un véritable partage ne culpabilise pas psychologiquement, mais il nous donne spirituellement une plus grande confiance dans le Seigneur. C'est comme un tremplin pour vivre le mois qui suit, le lieu d'où surgissent les initiatives dans le discernement et l'espérance.


c) Expérience de la rencontre et de la communion

Un vrai partage ne peut donner lieu à plaisanterie ou ironie ; il ne culpabilise ni ne condamne ni n'accueille avec indifférence celui qui parle : il favorise la rencontre et la communion.


Rencontre avec le Christ. C'est en Son nom que nous sommes réunis. C'est sous Son regard que nous partageons. Il nous invite à une relation d'amour avec lui. Il nous redit que son joug est doux et son fardeau léger. Nous faisons dans un vrai partage l'expérience de son pardon et de son amour inconditionnel.


Rencontre avec nos frères de l'équipe. Vivre la communion, dans le partage, c'est sortir de nous-mêmes, écouter avec le cœur et avec l'esprit, comprendre et respecter l'autre, aller à sa rencontre, répondre dans la vérité et échanger dans l'amour.
Pour bien vivre le partage, nous avons donc à veiller à l'équilibre entre acceptation et exigence. Nous accueillir les uns les autres comme nous sommes et, en même temps, nous encourager à aller plus loin, à avancer. La nature ne fait pas de sauts. Les conversions éclatantes sont rares. Notre croissance est lente : printemps et hivers, arrêts, élagages, floraisons. Parfois nous hivernons ; parfois se produit une germination inattendue.

Vivre la communion, c'est vivre dans l'amour. Regarder les autres avec amour et nous tourner ensemble vers Dieu pour la louange.

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