Citations du Père Henri Caffarel

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RECUEIL DE CITATIONS

Chaque jour avec le père Caffarel
Les Équipes Notre-Dame vous proposent de relire la pensée du père Caffarel, fondateur de notre mouvement, à travers un recueil de 53 citations datées du 25 mars au 16 mai 2020 et élaborées spécialement pour le temps de confinement.

LIRE LE RECUEIL



CITATIONS

Que voulons-nous faire de nos vacances ? Un temps fort ou un temps de relâchement ?

Le texte de ce mois d’août, qui voit le 2 l’anniversaire de la naissance du père Caffarel, est l’éditorial qu’il a rédigé pour la Lettre des Équipes Notre-Dame de juillet 1955.


Semaine 32. 2-8 août 2020

Un accroissement de vitalité physique aurait-il pour rançon nécessaire une baisse de vitalité spirituelle ?

VACANCES : TEMPS FORT OU TEMPS FAIBLE ?

Et d’abord, qu’appelle-t-on : vacances ? Je les définirais volontiers : le temps d’interruption du travail habituel, scolaire, professionnel, ménager. D’où il apparaît que si les écoliers et les hommes ont généralement des vacances, il n’en est pas toujours de même pour les mères de famille, alors qu’elles en ont autant besoin – parfois plus – que les autres membres du foyer : remarque faite en passant, à l’intention des maris.

Au retour des vacances, je constate souvent chez les parents ce que les maîtres constatent chez les collégiens : une baisse de qualité spirituelle (Ici je n’entends pas “spirituel” au sens strict de vie religieuse). Les ressorts sont distendus.

Un accroissement de vitalité physique aurait-il pour rançon nécessaire une baisse de vitalité spirituelle ? Ce serait bien décevant, mais rien n’est moins prouvé.

LETTRE MENSUELLE DES ÉQUIPES NOTRE-DAME
Juillet 1955

(À suivre)
 
Semaine 31. 26 juillet- 1er août 2020

► Avoir un cahier de devoir de s’asseoir.

2) Préparer le devoir de s’asseoir

- Au cours du mois, en notant (par écrit) les sujets à aborder. On est sûr ainsi de ne pas les oublier plus tard, et l’on se décharge l’esprit tout de suite.
- Peu auparavant, en triant et en élaguant, garder les vrais problèmes, laisser tomber les autres. Retenir loyalement ceux qui font vraiment difficulté (on les reconnaît à ce qu’ils demandent un effort coûteux).

3) Avoir un cahier de devoir de s’asseoir.

- Marquer les principaux points abordés
- Noter les résolutions prises.
- Signaler les questions pendantes et à reprendre.
Possibilité de confronter ainsi avec les devoirs de s’asseoir précédents, de savoir où l’on en est.
« Il est impossible aux époux d’éluder la présence divine. “Les amants ne sont jamais seuls, écrit G. Thibon, si Dieu n’est pas en eux pour les unir, il est entre eux pour les séparer”. Cette présence fait la joie des époux chrétiens, car ils savent que non seulement elle n’est pas jalouse et ne leur impose pas de modérer leur amour, mais qu’elle leur fait un devoir de s’aimer toujours plus ; d’autant qu’elle les fortifie et les aide dans cette difficile et magnifique entreprise. Et quand, aux heures sombres, ils ne voient plus la route, quand la grande présence divine les intimide, il leur reste de recourir à la toute proche et toute tendre présence de la Vierge Marie. »
LETTRE MENSUELLE DES ÉQUIPES NOTRE-DAME
VIII° année, n° 6 – Mars-Avril 1955

(À suivre)
 
Semaine 30. 19-25 juillet 2020

► Taisez-vous ensemble, ce ne sera peut-être pas le moment le moins profitable.
Pourquoi ne consacreriez-vous pas aussi quelques instants à méditer sur chacun de vos enfants, en demandant au Seigneur de « mettre son œil dans votre cœur », selon sa promesse, afin de les voir et de les aimer comme lui, pour les conduire selon ses vues.
Et enfin, et surtout, demandez-vous si Dieu est bien premier servi chez vous.
S’il vous reste du temps, faites ce qui vous plaît, mais je vous en prie, ne retournez pas au ravaudage ou à la radio. Vous n’avez plus rien à dire ? Taisez-vous ensemble, ce ne sera peut-être pas le moment le moins profitable. Souvenez-vous, en effet, de ce mot de Maeterlinck : « Nous ne nous connaissons pas encore, nous n’avons pas encore osé nous taire ensemble ».
Il sera très important de faire le compte rendu écrit de ce qui a été découvert, étudié, décidé au cours du rendez-vous, mais cela peut être fait après, par l’un des deux, et vous le relirez ensemble au prochain rendez-vous.
Ce dont je viens de vous parler n’est qu’un moyen de garder jeune et vivant votre amour et votre foyer, il en est sûrement beaucoup d’autres. Mais celui-là, adopté par nombre d’époux que je connais, a déjà fait ses preuves.
Tout le monde est d’accord pour reconnaître l’utilité et les bienfaits du devoir de s’asseoir. Bien peu reconnaissent qu’il le feraient s’ils n’y étaient pas obligés. Utilité de la règle et de ses obligations. L’obéissance est une façon essentielle d’aller à Dieu.
Ne pas en conclure qu’il faut prendre une mine longue de trois pieds six pouces. « Un saint triste est un triste saint ». « La joie de l’âme est dans l’action », c’est-à-dire dans l’effort.
LETTRE MENSUELLE DES ÉQUIPES NOTRE-DAME
VIII° année, n° 6 – Mars-Avril 1955

(À suivre)
 
Semaine 29. 12-18 juillet 2020

► Notez un rendez-vous avec vous-mêmes.

Des foyers ont vu le danger. Ils ont envisagé et adopté divers moyens pour y parer. L’un d’eux me disait dernièrement, après expérience, combien il est profitable pour les époux de quitter chaque année leurs enfants et d’aller ensemble se reposer ou faire un voyage d’une semaine. Mais peut-être penserez-vous, en me lisant, qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le personnel, les amis ou les parents à qui l’on peut ainsi confier ses enfants. Il y a d’autres solutions. Ainsi, trois familles se sont associées pour les vacances, elles sont allées dans le même pays et chaque couple a pu s’absenter une semaine, laissant aux deux autres le soin de ses enfants.

Pour éviter l’enroutinement du foyer, il est un autre moyen dont je veux vous entretenir un peu plus longuement. Prenez votre agenda, et comme vous y inscririez un concert ou une visite à des amis, notez un rendez-vous avec vous-mêmes ; qu’il soit bien entendu que ces deux ou trois heures sont “tabou” … disons sacrées, c’est plus chrétien ! et n’admettez pas qu’une raison, qui ne vous ferait pas supprimer une soirée en ville ou décommander un dîner d’amis chez vous, vous fasse manquer au rendez-vous pris avec vous-mêmes.

Comment utiliser ces heures ? Tout d’abord, décider que vous n’êtes pas pressés ; une fois n’est pas coutume ! Quitter le rivage, aller en haute mer, il faut à tout prix changer de cadre et oublier les préoccupations. Lisez ensemble un chapitre bien choisi d’un livre mis en réserve pour cette heure privilégiée.

Ensuite – ou d’abord – priez un long moment. Que chacun, si possible, fasse à haute voix une prière personnelle et spontanée : cette forme de prière, sans médire des autres, rapproche miraculeusement les cœurs. Ainsi entrés dans la paix du Seigneur, dites-vous l’un à l’autre ces pensées, ces griefs, ces confidences qu’il n’est pas facile et souvent pas souhaitable de faire au cours des journées actives et bruyantes et qu’il serait pourtant dangereux d’enfermer dans le secret du cœur, cela vous le savez bien, il est « des silences ennemis de l’amour ». Mais ne vous arrêtez pas à vous-mêmes ni aux soucis actuels, faites un pèlerinage aux sources de votre amour, reconsidérez l’idéal entrevu quand vous avez pris la route, ensemble, d’un pas allègre. Renouvelez votre ferveur. « Il faut croire à ce que l’on fait et le faire dans l’enthousiasme ». Puis, revenant au présent, confrontez idéal et réalité, faites l’examen de conscience du foyer – je ne dis pas votre examen de conscience personnel – prenez les résolutions pratiques et opportunes pour guérir, consolider, rajeunir, aérer, ouvrir le foyer. Apportez à cet examen lucidité et sincérité ; remontez aux causes du mal diagnostiqué.

LETTRE MENSUELLE DES ÉQUIPES NOTRE-DAME 
VIII° année, n° 6 – Mars-Avril 1955

(À suivre)

 Semaine 28. 5-11 juillet 2020

► Un devoir méconnu.
Les meilleurs époux chrétiens, ceux qui ne manquent jamais au devoir de s’agenouiller, enfreignent souvent celui de s’asseoir.

Le Christ, au ch. XIV de S. Luc, invite ses auditeurs à la pratique du devoir de s’asseoir. Aujourd’hui, au siècle des vitesses vertigineuses, il est plus opportun que jamais de préconiser ce devoir méconnu.

Je ne crois pas faire un jugement téméraire en avançant que les meilleurs époux chrétiens, ceux qui ne manquent jamais au devoir de s’agenouiller, enfreignent souvent celui de s’asseoir.

Avant d’entreprendre la construction de votre foyer, vous avez confronté vos vues, pesé vos ressources, matérielles et spirituelles, élaboré un plan. Mais depuis que vous êtes au travail, ne négligez-vous pas trop de vous asseoir pour examiner ensemble la tâche accomplie, retrouver l’idéal entrevu, consulter le Maître d’œuvre ?

Je sais les objections et les difficultés, mais je sais aussi que la maison s’écroulera un jour quand on ne surveille pas la charpente. Au foyer où l’on ne prend pas le temps de s’arrêter pour réfléchir, bien souvent le désordre, matériel et moral, s’introduit et s’installe insidieusement ; la routine s’empare de la prière commune, des repas et de tous les rites familiaux, l’éducation se réduit à des réflexes de parents plus ou moins nerveux ; l’union se lézarde. Ces déficiences et beaucoup d’autres s’observent, non pas seulement chez les foyers sans formation, ignorants des problèmes de l’éducation et de la spiritualité conjugale, mais aussi chez ceux-là mêmes qui sont considérés comme des compétences ès sciences familiales et le sont, en effet… théoriquement. Faute de prendre le recul nécessaire, les époux ne voient plus ce que pourtant le visiteur constate dès qu’il a franchi le seuil, ce laisser-aller dont les amis s’entretiennent parfois, désolés, n’osant pas en parler aux intéressés, dont ils redoutent l’incompréhension ou la susceptibilité.

LETTRE MENSUELLE DES ÉQUIPES NOTRE-DAME
VIII° année, n° 6 – Mars-Avril 1955

(À suivre)

Semaine 27 - du 28 juin au 4 juillet 2020

 Faire des Heureux
Notre place, notre patrie à nous les baptisés, c’est la communauté trinitaire.


Ainsi du Père et du Fils : il leur faut créer du bonheur, faire des heureux. Ils auraient pu décider de donner à l’humanité des aumônes de leur amour bienheureux, des miettes de leur table, c’eût été déjà des dons somptueux. Ils ont voulu mieux : que chaque homme, que l’humanité, soit l’invité de leur amour, de leur bonheur. Je dis bien l’invité, non pas qu’il reste au dehors, non pas à la porte de la famille trinitaire, mais en son intimité.

[…]

Le Père envoie son Fils aux hommes. Le Fils prend une nature d’homme pour entrer en relations, en dialogue avec les hommes. Il s’attache par l’amour ceux qui répondent à son appel. Et avec lui, en lui, il les entraîne, hommes, dans son grand élan pascal, jusqu’au cœur de la vie trinitaire. Toute notre religion peut être résumée ainsi : entrer dans l’intimité du Christ pour être emporté par lui, avec lui dans l’intimité du Père, non pas seulement au dernier jour mais dès maintenant par le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

Notre place, notre patrie à nous les baptisés, c’est la communauté trinitaire. Dans le Fils, avec le Fils, nous sommes tout accueillants à l’effusion d’amour du Père, qui fait de nous, au sens fort du terme, ses enfants. Dans le Fils, avec le Fils, nous sommes tout bondissants dans un immense élan de gratitude joyeuse. Avec le Père et le Fils, nous exultons de joie en leur commun amour, celui que les pères de l’Église appellent « la fête divine », l’Esprit Saint.

[…]

Témoins de l’amour du Père et du Fils, afin que nos frères comprennent qu’ils sont eux aussi les invités de l’amour et du bonheur du Père et du Fils.

Semaine 26 - du 21 au 27 Juin 2020

La Communauté trinitaire
Les relations des trois personnes divines engendrent la suprême Harmonie.


Dans la communauté trinitaire, chaque personne est élan d’amour, elle se donne aux deux autres, elle ne garde rien, elle ne possède rien. Traduisons : tout est commun entre les trois personnes divines. N’est-ce pas la grande joie de l’amour sur terre, n’était-ce pas ce que vivait la première communauté chrétienne en qui se reflétait l’amour trinitaire : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme, ils mettaient tout en commun… » Tout est indivis entre les trois personnes de la Trinité : « Tout ce qui est à toi est à moi, tout ce qui est à moi est à toi », disait Jésus à son Père. La nature divine et ses perfections, puissance, sainteté, gloire, bonheur, toutes les richesses de Dieu sont communes aux trois personnes. Elles n’ont qu’une seule vision des choses et du monde, elles n’ont qu’un seul vouloir, qu’une seule activité.


Mais gardons-nous d’une vision trop statique de cette mise en commun divine. Après avoir dit, tout est commun, il faut aussitôt préciser, tout est perpétuel échange, incessant dialogue, comme il en est entre les êtres qui s’aiment. Ce que chaque personne reçoit des deux autres dans la Trinité, chacune immédiatement le restitue aux deux autres dans un élan d’amour.


Cet échange continuel d’amour, comprenons-le bien, non seulement n’entraîne aucune confusion des personnes, mais chacune s’affirme dans toute la beauté de sa personnalité en se donnant. Pour tout être spirituel, le don de soi n’est pas perte de soi mais affirmation de soi. C’est celui qui se garde qui se perd, c’est celui qui se donne qui se gagne. N’est-ce pas déjà ce que nous voyons au plan humain ; le don total de soi entre personnes, est à la fois créateur de la communauté et de chacune des personnalités.


Aimer, c’est être un, tout en étant plusieurs, chacun donné à tous, tous donnés à chacun, c’est vivre à plusieurs une seule vie, un seul amour, une seule joie. C’est splendidement vrai au plan de la communauté trinitaire. Le rêve que poursuivent les hommes sans pouvoir l’attendre vraiment, celui de l’unité dans la pluralité, c’est réalité  pour Dieu. Un mot, un grand mot, à qui il faudrait sa plénitude de sens, traduit parfaitement ce miracle de l’unité dans la pluralité, celui « d’harmonie » : les relations des trois personnes divines engendrent la suprême Harmonie.


(À suivre)

Semaine 25 de l'année 2020 - Juin

► Saint-Sacrement
Le Saint-Esprit est, en face du Père et du Fils, leur amour personnifié.


Le Saint-Esprit

Après avoir contemplé successivement le visage du Père et le visage du Fils, l’amour du Père pour le Fils, et l’amour du Fils pour le Père, contemplons leur amour mutuel.

Prenons comme comparaison une réalité qui vous est familière : l’amour entre époux. Il est don, il est accueil, mais il est aussi autre chose que l’amour du mari pour sa femme, de la femme pour son mari, il est cette réalité mystérieuse qui unit les époux, qui rayonne de leur union. Il est communion. Les époux volontiers disent : « Notre amour ». Ils s’en réjouissent, ils en sont fiers, fierté quelque peu tumultueuse chez les fiancés, fierté plus grave et plus vraie chez les vieux époux. Ils le protègent, ils l’entretiennent ; pour un peu ils diraient : « Notre amour, c’est quelqu’un ».

[…]

Revenons à Dieu, au Père et au Fils. Arrêtons-nous à leur amour mutuel. Ce que les époux ne peuvent dire en toute rigueur de terme, le Père et le Fils le peuvent : notre amour, c’est quelqu’un, une troisième personne. Ils s’aiment, ils se donnent l’un à l’autre, et voici que surgit l’Esprit Saint. Richard de Saint-Victor l’exprime en une somptueuse image : « Vous diriez deux vagues puissantes qui accourent impétueusement l’une vers l’autre, se rencontrent, se donnent et s’élancent à la fois de leur lit en une gerbe immense. » Cette gerbe immense, c’est l’Esprit Saint.

Le Saint-Esprit est, en face du Père et du Fils, leur amour personnifié. Ils s’émerveillent devant l’Esprit Saint en qui resplendit leur amour, qui est leur amour, en qui ils sont un. (« Mon Père et moi sommes un »). Le Père et le Fils n’ont qu’un cœur et qu’une âme si l’on peut dire, et c’est l’Esprit Saint. L’Esprit Saint, fierté et joie du Père et du Fils.

Tel est le troisième visage de l’amour en Dieu que nous pouvons schématiser ainsi : « Aimer c’est se donner l’un à l’autre pour se donner ensemble ».

[…]

Qu’y a-t-il de plus beau sur terre, que le spectacle de deux êtres qui s’aiment ; que peut-il y avoir de plus beau au ciel et sur la terre que le spectacle de l’amour mutuel des deux personnes divines resplendissant en l’Esprit Saint.

Et parce qu’il est l’amour du Père et du Fils, l’Esprit Saint est leur joie : leur joie d’aimer, leur joie de s’aimer, leur joie de se donner l’un à l’autre, leur joie de se posséder l’un l’autre. Il est en la Trinité, selon l’expression de certains Pères de l’Église, la Fête, la Fête de l’amour.

(À suivre)


Semaine 24 de l'année 2020 - Juin

►Sainte Trinité
L’attitude foncière du fils avant d’être don, est accueil.

Le Fils

Le fleuve tient tout son être de la source : le Fils de son Père. Il retomberait dans le néant comme le fleuve qui se couperait de la source s’il prétendait se suffire, ne dépendre de personne, n’appartenir qu’à soi. C’est pourquoi l’attitude foncière du fils avant d’être don, est accueil. Accueil du don du Père. Le Fils de Dieu est éternellement ouvert, accueillant au don du Père éternel. Accueil, le mot est encore trop passif : avide du don du Père, avide de ce don qui permet au Père d’être père, en communiquant son être tout entier à son Fils.

Il faut donc oser parler de l’humilité du Fils de Dieu. Cette humilité est le premier caractère de l’amour filial. Humilité qui n’est pas aveu d’infériorité car il est en tout égal au Père ; humilité qui est consentement à la dépendance. Humilité heureuse de proclamer : « Je lui dois tout… » Admirons l’humilité du Fils éternel de Dieu. C’est à cette hauteur-là qu’il faut chercher le modèle de l’humilité chrétienne.

[…] 

Mais accueillir n’est qu’un aspect du visage du Fils, de l’amour du Fils. Le Fils étant de même nature, j’allais dire de la même race que le Père, en lui aussi l’amour est fondamentalement don. Le fleuve retourne à sa source, dans un élan d’émerveillement, de gratuité, d’action de grâces. Notez en passant qu’action de grâces se dit en grec « eucharistia ».

Et ce don du Fils au Père est lui aussi sans réserve et sans intermittence éternellement jeune, éternellement joyeux.

[…]

Cette éternelle eucharistie, cet éternel élan de gratitude du Fils, c’est en cela que consiste la perfection, la beauté, la joie propre du Fils. Il est la reconnaissance personnifiée en face de la générosité personnifiée.

Et je résume en une formule ce deuxième visage de l’amour de Dieu ; cette formule est la même à un mot près de celle par laquelle je définissais l’amour paternel. « Aimer c’est se donner – sans réserve, sans intermittence – dans un élan de gratitude joyeuse ». Un seul mot est différent, ce qui souligne bien et la ressemblance et la dissemblance entre le Fils et le Père : pour le Fils, j’ai employé le mot « gratitude » là où pour le Père j’avais dit « générosité ».

(À suivre)

Semaine 23 de l'année 2020 - Juin

Pentecôte
Le Dieu des chrétiens, c’est le Dieu-Trinité.

Le Dieu des chrétiens, c’est le Dieu-Trinité. Le Dieu, dont la vie intime était insoupçonnée des hommes, aussi bien des philosophes et des fondateurs de religions que des êtres les plus simples, avant que Jésus-Christ ne la révèle.

[…]

Aussi bien, qui se veut vrai disciple de Jésus-Christ doit s’efforcer de connaître toujours mieux le mystère primordial afin d’y adhérer, de l’aimer, d’en vivre et de le faire connaître

[…]

Je voudrais donc essayer de vous faire entrevoir quelque chose du mystère trinitaire. Et je m’appuierai sur des réalités humaines qui vous sont familières : la paternité et l’amour conjugal.

Le Père

Si Dieu existe, c’est un vivant. Le Dieu vivant. Et quelle est la plus haute manifestation de la vie : l’amour. Ce n’est ni la vie végétative, ni l’activité physique, ni même la vie intellectuelle.

[…]

Il est un amour privilégié entre tous. Alors que tous les autres amours consistent à enrichir et combler un être déjà existant, celui-ci consiste d’abord à faire exister, à donner la vie en se donnant : l’amour paternel.

Si Dieu aime et s’il se donne, puisqu’en dehors de lui rien n’existe, ce ne peut donc être qu’à un être qu’il fait surgir dans l’existence. S’il aime, c’est d’un amour paternel. Il est Père, parfaitement Père, lui qui donne l’être, qui appelle à l’existence, qui communique sa vie et non pas en donnant quelque chose de soi mais soi-même, tout soi-même, et en plénitude. Aussi bien le Fils est-il tout semblable à son Père : la puissance, la sainteté, la gloire divines resplendissent en Lui.

Mais Dieu n’est pas comme les pères de la terre. L’acte par lequel il engendre son Fils est un acte éternel. Le Père est une Source éternellement jaillissante (plenitudo fontalis). L’homme, lui, se fatigue d’aimer, de se donner : Dieu fait à son Fils un don sans réserve, sans intermittence.

Et se donner, pour Dieu comme pour l’homme d’ailleurs, ce n’est pas se perdre, annihiler sa personnalité, c’est au contraire, en se donnant, se trouver, s’affirmer : la source n’existe qu’en jaillissant. Dieu-Père ne réserve rien pour soi. Il ne se possède que pour se donner. Mieux, ce n’est qu’en se donnant qu’il se possède. C’est en engendrant son Fils qu’il est Père.

Et la perfection du Père réside en cet amour, en cette initiative d’amour qu’est la génération. Sa perfection est la perfection de son amour donnant. Un mot désigne cette perfection : générosité. La première personne en Dieu est la générosité même, la générosité personnifiée, la générosité en personne.

[…]

Je résume en une formule brève tout ce que je viens de vous dire du premier aspect, du premier visage de l’amour de Dieu : « Aimer c’est se donner – sans réserve, sans intermittence – dans un élan de générosité joyeuse ».

(À suivre)

► 30 mai 2020
À la naissance du Christ, à la naissance du Corps mystique, Marie est là.

Au jour de la Pentecôte, apôtres et disciples sont rassemblés au Cénacle. La Mère est au milieu de ses enfants. Tout à coup des flammes apparaissent, qui se posent sur eux et en font des hommes nouveaux. Emportés par l’allégresse et l’amour, ils courent annoncer les merveilles de Dieu.

Cette scène en évoque irrésistiblement une autre : à Nazareth, 33 ans plus tôt, Gabriel parle à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi, la Vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’Être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». À la naissance du Christ, à la naissance du Corps mystique, Marie est là, donnée, consentante, et l’Esprit Saint intervient pour accomplir, avec son concours, l’œuvre de Dieu.

L’Anneau d’Or –  Numéro 57-58 – mai – août 1954
 

► 29 mai 2020
Dieu ne les [les saints] traitait pas comme des choses qu'on manipule, mais comme des libertés qu'on sollicite.

Chez les grands saints, chez la Vierge Marie, les plus véhéments élans d'amour envers Dieu, suscités en eux par l'Esprit de Dieu, requéraient toujours l'acquiescement de « Je » : Dieu ne les traitait pas comme des choses qu'on manipule, mais comme des libertés qu'on sollicite.

Cahiers sur l’Oraison n°169-170

 Jeudi 28 mai 2020
Il dépend de vous que chacune de vos oraisons soit une nouvelle Pentecôte.


Les apôtres n'ont reçu l'Esprit Saint que pour avoir « persévéré dans la prière, d'un même cœur, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus »  (Ac 1, 14), dans l'attente de sa venue. Il dépend de vous que chacune de vos oraisons soit une nouvelle Pentecôte.

Cahiers sur l’Oraison n° 67 — décembre 1963

► 27 mai 2020
Marie nous apparaît comme cet être qui est le parfait enfant de Dieu.

Et puis Marie nous apparaît comme cet être qui est le parfait enfant de Dieu. Vous avez entendu ce mot de St Paul : « le vrai fils de Dieu c’est celui qui est mû par l’Esprit de Dieu ». Elle a été mue par l’Esprit de Dieu comme personne d’autre. En ce sens-là, elle doit être notre modèle.

Cahiers sur l’Oraison n° 67 — décembre 1963

 26 mai 2020
Si nous comprenons bien Marie, nous comprenons quelque chose de l’Esprit-Saint.

Donc, c’est bon de la voir enfant chérie du Père, c’est bon de la voir avec son fils tout au long de l’évolution de la vie de son fils, et c’est bon de voir par transparence en elle l’Esprit-Saint. Si nous comprenons bien Marie, nous comprenons quelque chose de l’Esprit-Saint.

Etant donné tout ce que nous venons de dire, on comprend que l’Eglise l’ait appelée « THEOTOKOS », ce qui veut dire « mère de Dieu ». Elle est vraiment la mère de Dieu, parce que son fils est vraiment Dieu. C’est tout simple !

Présence de Marie

 25 mai 2020
Le Saint-Esprit a pu déployer tout son art pour faire de Marie la sainte parfaite entre toutes les saintes.

La relation entre Marie et le Saint-Esprit est très privilégiée aussi parce que le Saint-Esprit a trouvé en elle un être sans l’ombre d’une résistance à son action. Les hommes, même les Saints sont des oeuvres de l’Esprit-Saint, mais plus ou moins parfaites parce que tous les hommes, même les Saints sont imparfaits tandis que Marie n’ayant à faire aucune résistance, on peut dire que le Saint-Esprit a pu déployer tout son art pour faire de Marie la sainte parfaite entre toutes les saintes. C’est pourquoi certains pères de l’Eglise, autrefois disaient de Marie qu’elle était le visage humain de l’Esprit Saint. Et bien sûr : si une œuvre d’art exprime quelque chose de l’artiste, traduit la vie intérieure de l’artiste, Marie traduit très parfaitement toute la richesse de sainteté du Saint-Esprit. Je dis « toute », non, parce que sa richesse est infinie, il n’a pas pu la communiquer toute entière à Marie, il n’empêche que Marie est son chef-d’œuvre.

(À suivre)

Présence de Marie

► 24 mai 2020
Que le foyer qui aspire à la venue de l’Esprit se souvienne […] des dispositions de la première communauté chrétienne.

Le modèle d’une communauté accueillante à l’Esprit est celle qui se tint dans la chambre haute d’une maison de Jérusalem où les apôtres, après le départ définitif de leur Maître, persévéraient d’un même cœur dans la prière, avec quelques femmes dont Marie, la mère de Jésus. Que le foyer qui aspire à la venue de l’Esprit se souvienne de ce modèle, des dispositions de la première communauté chrétienne : la foi en la promesse de Jésus, l’amour mutuel, la prière en union avec Marie. Et l’Esprit Saint alors pourra faire sa demeure en lui, comme en ces communautés chrétiennes auxquelles saint Paul rappelle qu’elles sont les demeures collectives du Saint-Esprit:  « L’Esprit Saint habite en vous », écrivait-il à l’Église de Corinthe (1 Co 3, 16 ; cf. 2 Co 6, 14-18 ; Ep 2, 19-22).

Henri Caffarel – L’Anneau d’Or –  Le mariage, ce grand Sacrement. numéro spécial 111-112 – Mai – Août 1963

 23 mai 2020
Marie se donne et en elle c’est cette même race humaine tout entière qui s’offre à l’Amour sauveur.

Remarquons que, par cette offrande, Marie engage bien plus qu’elle-même : le peuple d’Israël, et plus largement cette humanité dont elle est l’enfant miraculeuse. Elle les représente, les entraîne, les compromet. En elle, et par elle, ils se consacrent au Dieu vivant. « L’ancien monde, écrit Bernanos, le douloureux monde, le monde d’avant la grâce l’a bercée longtemps sur son cœur désolé : des siècles et des siècles — dans l’attente obscure, incompréhensible d’une virgo genitrix… des siècles et des siècles il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, de ses lourdes mains la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom » . — Et voici que ces vieilles, ces lourdes mains viennent de présenter au Seigneur une offrande sans tache.

Nous retrouvons pour la fille cette grande loi de solidarité qui joua en sens inverse pour la mère. Ève désobéit et sa race tout entière fut exilée de Dieu. Marie se donne et en elle c’est cette même race humaine tout entière qui s’offre à l’Amour sauveur. Dieu va pouvoir réaliser les anciennes promesses.

L’Anneau d’Or –  Numéro 57-58 – mai – août 1954

► 22 mai 2020
La virginité fut l’invention du plus grand amour.

La fréquentation des Écritures initie Marie à cette haute idée de Dieu qui domine toute la pensée et toute l’histoire de son peuple. Il est le Transcendant, le Tout-Puissant, le Saint, celui qu’on ne doit ni nommer ni représenter en images, celui dont on reconnaît la seigneurie par des sacrifices, depuis le sacrifice des prémices lui consacrant les premiers fruits de la terre jusqu’à l’holocauste qui consume entièrement la victime. Il est celui qui, à l’immolation des boucs et des taureaux, préfère encore le sacrifice tout intérieur d’un cœur pur et pénitent. Cette théologie est la nourriture spirituelle de Marie. Comment donc s’étonner que son âme d’enfant merveilleusement pure ait recherché quel sacrifice secret elle pourrait offrir au Seigneur. Alors en elle se forme la résolution de consacrer sa virginité : afin de rendre hommage à la Sainteté de Dieu, afin de lui témoigner son amour, impatient de se prouver. L’originalité et la portée de ce geste n’apparaissent bien que si l’on se rappelle que, chez les Juifs, la maternité n’était pas seulement une gloire humaine pour la femme, mais la meilleure preuve de la bénédiction de Dieu sur elle. La virginité fut l’invention du plus grand amour.

(À suivre)

L’Anneau d’Or –  Numéro 57-58 – mai – août 1954

► 21 mai 2020
Plus une femme est sainte, plus elle est femme.

C’est une femme, c’est la Femme. Son destin a ceci d’exceptionnel qu’il noue les trois aspects de la vocation de la femme, la virginité, le mariage, la maternité et les porte à un degré inégalable de perfection. Ce qui permet de répéter après Léon Bloy : « Plus une femme est sainte, plus elle est femme ».
[…]

Dès sa naissance, Marie aime son Dieu d’un amour qui ne rencontre en elle ni hésitation ni rivalité. D’étape en étape, cet amour va croître, s’intensifier jusqu’au jour où elle quittera la terre, ayant alors acquis cette inimaginable perfection dont seul son rayonnement dans l’espace et dans le temps peut nous donner quelque idée. Ainsi la véritable histoire de Marie, celle qui ne sera jamais écrite parce qu’elle est le secret du Seigneur, est l’histoire de ses assomptions dans l’amour de son Dieu.

(À suivre)

L’Anneau d’Or –  Numéro 57-58 – mai – août 1954

► 20 mai 2020
Méfions-nous toutefois d’une imagerie d’Épinal qui se complaît à opposer purement et simplement Ève et Marie.

Méfions-nous toutefois d’une imagerie d’Épinal qui se complaît à opposer purement et simplement Ève et Marie. D’un côté la femme qui croit aux propos de l’ange perfide et met en doute la parole divine, désobéit dans l’espoir de devenir semblable à Dieu et finalement engendre le fleuve de souffrance et de péché qui submerge le monde. De l’autre, celle qui croit ce qui lui est dit de la part du Seigneur, n’a pas d’autre ambition que d’être son humble servante et devient la source jaillissante de toutes les grâces. Si Marie est bien, en un sens, la vivante antithèse de sa malheureuse aïeule, elle est aussi et d’abord sa gloire, la fille de la Promesse, de cette mystérieuse promesse faite par Dieu sous forme de malédiction contre Satan en présence du couple pécheur : « Je mettrai des hostilités entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon ».

Adam et Ève, exilés du bonheur, emportèrent avec eux cette promesse. Elle fut leur espérance durant les labeurs, dans les souffrances de l’enfantement, à l’heure dramatique entre toutes où, devant le cadavre de leur fils Abel, ils mesurèrent les conséquences de leur péché. Leur lointaine Petite-fille était déjà l’espoir de ces premiers pécheurs. (À suivre)

L’Anneau d’Or –  Numéro 57-58 – mai – août 1954

 19 mai 2020
[Marie] est avec le Christ, nouvel Adam, l’Ève nouvelle, au principe de la lignée chrétienne. 
Henri Caffarel

Il ne dépend pas de l’enfant qu’il y ait un lien entre lui et sa mère — il peut le renier, il ne peut pas le nier. La dévotion à Marie n’est pas facultative : elle est la reconnaissance d’un fait. Mieux, elle est la reconnaissance du plan de Dieu. Dans ce plan, Marie n’est pas un simple ornement, elle remplit une fonction unique : elle est avec le Christ, nouvel Adam, l’Ève nouvelle, au principe de la lignée chrétienne. Considération que les Pères de l’Église se plaisaient à développer longuement.

L’amour d’une mère est source jaillissante qui ne cesse de recréer l’enfant, pour peu qu’il y consente. Ainsi de Marie. Jour après jour, par elle, médiatrice — n’est-ce pas le mot qui définit au mieux la mission de toute mère ? — la grâce nous parvient, qui peu à peu nous fait semblables à Jésus, le Premier-Né…

L’Anneau d’Or –  Numéro 54– Novembre –Décembre 1953

 18 mai 2020
Elle nous a engendrés à la vie divine, elle est notre Mère. 
Henri Caffarel

Au Calvaire, la collaboration atteint à sa plénitude. Marie, debout, non seulement consent au sacrifice qui sauve tous les hommes (elle-même en tout premier lieu), mais offre ce sacrifice, y coopère très parfaitement. Et c’est pourquoi sa maternité à notre égard, qui date du jour où elle a conçu Jésus, reçoit à ce moment-là une consécration solennelle par la proclamation qu’en fait le Christ mourant. En effet, lorsqu’il s’adresse à Jean, et à travers lui à chacun de nous : « Voilà ta mère », c’est bien cela qu’il veut dire : non pas qu’elle nous adopte comme des orphelins à qui elle tiendra lieu de mère, mais qu’en toute vérité nous devons la vie à celle qui, à la Croix comme à l’Annonciation, a coopéré de toute son âme aux mystères rédempteurs. Elle nous a engendrés à la vie divine, elle est notre Mère, c’est la grande certitude irrécusable.

(À suivre)

L’Anneau d’Or –  Numéro 54– Novembre –Décembre 1953

► 17 mai 2020
Entre Jésus et Marie c’est la plus parfaite union qui sera jamais.
Henri Caffarel

Nous pensions peut-être que la dévotion à Marie était accessoire, facultative. Mais dès que nous la voyons face à face, dans le plein jour d’une foi aimante et éclairée, nous nous apercevons que nous ne pouvons plus nous passer d’elle. Parce que Dieu, pour réaliser son dessein, n’a pas voulu se passer d’elle.

Il a voulu que son Fils naquît d’elle. Enfant de sa chair sans doute, mais plus encore de sa liberté consentante, de son amour. Le lien de chair, lui, à la naissance est rompu, mais le lien de cœur se noue, qui d’année en année ira se resserrant. Entre Jésus et Marie c’est la plus parfaite union qui sera jamais, union dans l’amour du Père, union dans l’amour des hommes. Pas plus qu’il ne s’est passé de Marie pour naître, Jésus ne veut se passer d’elle pour remplir sa mission — et c’est la plus grande preuve d’amour qu’il puisse lui donner. Marie ne s’y trompe pas, au cœur de qui brûle cette « impatience de servir » qui est la forme même de l’amour féminin.

(À suivre)

L’Anneau d’Or –  Numéro 54– Novembre –Décembre 1953