Quand les nuages s'amoncellent...

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La crise, les crises font peur ; c’est pour cela qu’on les craint ; et pourtant elles sont naturelles et porteuses de vie.

 


« L’avenir du couple, c’est la crise »… Dans une étude récente, on a montré que l’engagement dans un conflit était très sain, et augurait de bonnes relations futures. (*)

La relation à l’autre, le mariage, l’amour ne sont pas des états stables ; en cinq ans, dix ans, ou plus, je vais « changer », tu vas changer, et notre couple va changer. Cela se fera à la faveur d’évènements : naissance, mariage, déménagement, chômage, voyage, maladie, deuil… Ces évènements vont créer un déséquilibre, et bousculer ce qui a été mis en place auparavant ; cet « avant », cet équilibre, avaient jusque là convenu, mais ils deviennent caduques du fait de la nouvelle donne.

L’équilibre que nous avions trouvé est remis en cause, parfois très soudainement, par exemple par l’arrivée d’un enfant ; on a une impression d’instabilité, de ne plus rien maîtriser, on voudrait revenir « comme avant ». Ce qui advient est nouveau, et l’inconnu fait peur.

Dans le couple, la première des crises est celle de la « dés-idéalisation » ; elle survient plus ou moins vite, à la faveur de la diminution du « sentiment amoureux », dont la durée de vie est d’environ trois ans.
Comme toute crise, cette première crise est douloureuse ; on remet en cause le choix de la personne, la sincérité des sentiments ; les déceptions s’installent, et avec elles les doutes : « comment n’ai-je pas vu, n’ai-je pas compris plus tôt… ? »

En fait, nous nous sommes embarqués dans la vie commune avec beaucoup d’ « idéaux » dans la tête : idéal du couple, idéal de l’homme, de la femme, du mariage, de l’amour, de la famille. Autant de petits théâtres intérieurs, qu’on a reçus de nos familles respectives, qui font loi ; et on a cherché « l’acteur » qui correspondrait le mieux au rôle qu’on lui attribue.
La réalité de la vie quotidienne va briser ces « idéaux » ; on se trouve alors confronté à cet homme, à cette femme, dans sa différence ; et on fait l’expérience de l’altérité.

Cette crise est douloureuse, mais salutaire ; en grec, le mot « crise » se traduit par « faculté de distinguer » ; en chinois, par le mot « opportunité ». Comme la crise précédente (celle de l’adolescence) fait le passage entre l’enfance et la vie adulte, elle a pour but de me faire passer d’un état à un autre.
Les crises sont là pour m’empêcher d’être amalgamé, « dévoré », dominé ; elles me permettent de grandir, d’être moi, de dire « je », d’être distingué… Les enjeux sont importants.
Toute crise est donc crise de croissance, à condition d’être bien gérée.
Pour cela, le moyen le plus efficace est d’en parler ; mettre des mots sur ce que l’on ressent, plutôt que de faire le procès de l’autre ; identifier mes besoins qui ne sont pas respectés, aboutir à une demande concrète, qui serait un nouveau contrat avec mon ou ma partenaire.

Mal gérer la crise conduit à se fermer un peu plus, avec pour effet d’amoindrir la confiance et la connivence, d’accumuler reproches et amertume, et de s’acheminer vers la séparation.
Le plus difficile est de se mettre d’accord tous les deux pour en parler.
Souvent, on joue à cache-cache… Pas question de trouver une issue à ce conflit, car il faut bien faire payer à l’autre le mal que j’ai ressenti ! Se réconcilier trop vite risquerait de lui faire croire que ce n’était pas si grave que cela !
Il faut alors puiser dans ses ressources d’humilité et de courage, car des forces de division sont en jeu ; et parfois on les laisse gagner.

Si la gestion de la crise est trop difficile ou douloureuse, il faut avoir la sagesse de se faire aider. Les conseillers conjugaux sont formés pour cela.



Nadine GRANDJEAN
Conseillère conjugale
Cabinet RAPHAEL

www.cabinetraphael.fr
 

(*) « Comment devient-on amoureux » de Lucie Vincent.
 

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