Le pardon dans le couple

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Le pardon dans le couple est une démarche difficile et toujours douloureuse car elle touche à ce qu'il y a de plus profond et de plus sensible au cœur de chacun. Pourtant c'est une démarche souvent indispensable lorsque l'on veut que son couple continue et que chacun puisse rester debout.

 

Les « petits pardons »

Ce sont ceux de la vie de tous les jours : une phrase maladroite, une réflexion qui vous a blessé, un compliment qu'on attendait et qui n'est jamais venu, une reconnaissance jamais exprimée, une voix qui a crié trop fort, un reproche qu'on ne méritait pas, une tendresse dont on aurait eu besoin à un moment précis et qui n'est pas venue, etc…

Ce sont les petites blessures de la vie quotidienne ; tout le monde les rencontre, même dans les couples les plus unis et les plus amoureux. Cela ne veut pas dire qu'elles ne font pas mal. Mais, si elles sont englobées dans une vie où il y a d'autres marques d'amour, d'autres points d'entente, des projets en commun, elles arrivent à se fondre dans un courant d'autres événements et elles peuvent se pardonner dans la plupart des cas, avec de la bonne volonté et un peu de temps. 
Cependant, Il est toujours souhaitable qu'un couple puisse suffisamment se parler pour que celui qui a été blessé ait la possibilité d'exprimer sa souffrance, non pas sur le moment car cela ne fait qu'envenimer la dispute, mais un peu plus tard tranquillement quand la paix est revenue dans le couple.
 
Les « pardons moyens »

 Ils sont déjà un peu plus difficiles. Ils touchent plutôt des comportements à long terme qui font partie du caractère et qui font du mal au conjoint.
Il (ou elle) n'a jamais tort. Tout est toujours de la faute des autres et jamais de la sienne.
Il (ou elle) me critique toujours devant les enfants.
Il (ou elle) donne toujours raison aux enfants quand je les gronde.
Il (ou elle) se précipite tous les soirs sur son ordinateur dès le retour du travail et ne se demande pas si cela me ferait plaisir de passer la soirée autrement. 

 Il (ou elle) s'est mis à boire et je ne le supporte pas.
Il (ou elle) ne veut jamais recevoir personne à la maison et ce n'est pas du tout conforme à notre projet initial.

La liste peut être longue.
Comment faire ?
Certes la dispute quotidienne est une réaction normale du conjoint blessé mais elle est épuisante et profondément destructrice à long (et même court) terme pour chacun. Il est très rare qu'un conflit puisse être résolu dans les cris et les disputes. 

Il faut avoir le courage d'attendre un moment de détente, pour l'exprimer dans la tendresse : Cela me ferait tellement plaisir de passer avec toi des soirées d'amoureux à faire des choses que nous aimons tous les deux plutôt que de te voir rivé sur ton ordinateur dès la dernière bouchée avalée…

Les « grands pardons »

Ce sont ceux de l'infidélité (découverte par hasard ou avouée).

Ils sont très difficiles à donner. Même si le couple ne se casse pas définitivement, le conjoint trompé en ressort fragilisé, inquiet, attentif aux moindres signes qui lui rappellent la trahison passée. Si le pardon est demandé avec repentance par celui qui a trahi, le pardon est moins difficile à donner.
Il ne peut se faire que dans la prière si le couple est chrétien et avec une grande vigilance de part et d'autre.
Ce sont ceux de l'abandon définitif, du divorce demandé par l'un et non voulu par l'autre.
Ils sont de plus en plus fréquents à notre époque et ils se doublent de la douleur des enfants, des gardes alternées et des troubles psychologiques de tous, ce qui se pardonne encore plus difficilement.
Malheureusement il n'y a pas de remède-miracle pour ce genre de pardon qui est d'autant plus difficile que l'offense vient de la personne qu'on aimait le plus au monde. Et pourtant ! Il faut continuer à vivre debout, ne serait-ce que pour les enfants. On est humilié, dévalorisé, blessé, dépossédé.
On ne peut pas pardonner du premier coup. Il faut du temps, beaucoup de temps. On passe par tous les sentiments : Ce n'est pas possible, je ne peux pas le croire. Puis Qu'ils crèvent, puis Qu'est-ce qu'il (elle) lui a trouvé de plus que moi ?, ou Je suis tout seul (seule) devant mon assiette une semaine sur deux, etc.
Sans compter les problèmes matériels. On est détruit.
Il n'y a que deux moyens pour essayer de se reconstruire :

  1. Prier si on est chrétien : 

Seigneur sur la Croix tu as dit : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font ». Je te fais cette prière. Moi je ne peux pas pardonner mais toi seul peux me donner la force du pardon.

  1. Se tourner vers les autres.
Etre attentif aux besoins et aux attentes des autres, que ce soit ses propres enfants ou aussi d'autres personnes sur son chemin. Si on se centre uniquement sur ses enfants on ne peut s'empêcher de faire des comparaisons avec le temps du bonheur passé.
 

Bernadette Chovelon
Auteur, avec son mari Bernard, du livre L'aventure du mariage chrétien (Cerf)

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